All posts by Admin ALB

01303098683250-web-tete

La loi de Finances 2025 : ce qui va changer pour les particuliers et les entreprises

Nanté Ravelojaona
Consultant

 

Dans un période politique perturbée (élections législatives anticipées, censure du gouvernement Barnier le 4 décembre) et après la promulgation d’une loi de Finances spéciale le 20 décembre permettant à l’État de continuer à prélever les impôts et d’assurer la continuité des services publics, la loi de Finances 2025 a été définitivement adoptée le 6 février 2025 dans un contexte marqué par la dégradation des finances publiques françaises, avec un déficit public estimé à 6,1 % en 2024. Face à cette situation, le gouvernement a élaboré un budget visant à réduire ce déficit à 5,4 % du PIB en 2025. 

Avant toute précision, il est important de remarquer que ce budget touche peu les PME-PMI et se concentre au contraire surtout sur les grandes entreprises et les contribuables les plus aisés. 

Mesures phares de la loi de Finances 2025

La maîtrise des comptes publics constitue la priorité de l’orientation budgétaire de l’État  :

Particuliers  

  • Les tranches du barème d’impôt sur le revenu sont revalorisées de 1,8 %  

L’objectif est de tenir compte de l’inflation et cette revalorisation vise à préserver le pouvoir d’achat des contribuables en évitant l’augmentation des prix 

 

 

Capture d'écran 2025-03-25 145120

  • Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) 

Les ménages les plus aisés dont le revenu fiscal annuel dépasse 250 000 € pour une personne seule et 500 000 € pour un couple et dont le taux d’imposition sur le revenu est inférieur à 20 %, seront assujettis en 2025 à une contribution différentielle. Cette mesure limitée à une année vise à imposer ces contribuables à hauteur d’au moins 20 %. 

  • Aménagement des revenus fiscaux des Bons de Souscription de Parts de Créateur d’Entreprise (BSPCE) et des Attributions Gratuites d’Actions (AGA) :  

Cela concerne les entreprises qui ont moins de 15 ans. Cette notion salariale est totalement réformée : 

Capture d'écran 2025-03-25 145304

Le « malus CO2 » et le « malus masse » sont durcis et la réfaction est aménagée pour mieux tenir compte de la perte de valeur des véhicules d’occasion : 

Capture d'écran 2025-03-25 145528

  • Prêt à taux zéro 

A partir du 1er avril 2025, ce type de prêt est étendu à tous les logements neufs pour tous les projets en habitat collectif ou individuel sur l’ensemble du territoire français jusqu’au 31 décembre 2027. 

Entreprises

  • Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises 

  Elle s’applique, selon des seuils différents, pour les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 1 Md€ ou 3 Md€. Les grandes entreprises de transport maritime relèvent d’un dispositif adapté : 

Capture d'écran 2025-03-25 150416

  • Réduction des dépenses publiques 

Un effort de 50 Md€ est prévu, réparti entre 20 Md€ de recettes supplémentaires et 30 Md€ de baisse de dépenses. Les baisses de dépenses touchent notamment les aides aux entreprises, les politiques de l’emploi, l’aide publique au développement et les aides à la rénovation énergétique. 

  • Restructuration pour les fusions simplifiées et scissions partielles 

Il s’agit des sociétés qui cèdent une partie de leurs parts pour en créer de nouvelles et bénéficient de régime simplifié. Le régime va tirer avantage de la neutralité fiscale et s’applique aux opérations de restructuration dont le projet a été déposé au greffe du tribunal de commerce depuis le 01/07/2023. Le dispositif vise les régimes de faveur en matière d’impôt sur les sociétés. Rien n’est dit en matière de droit d’enregistrement.  

  •  CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et collectivités)  

Le taux 2025 n’a pas été modifié. Il est même gelé pour les années 2026 et 2027. Une reprise de la trajectoire à la baisse est prévue à partir de 2028. Cela concerne les entreprises ayant un chiffre d’affaires supérieur à 50 M€. 

  • Taxe sur le rachat de titres par les grandes entreprises  

Cet article instaure une taxe sur les réductions de capital par annulation d’actions rachetées par les plus grandes entreprises, réalisant un chiffre d’affaires individuel ou consolidé de plus d’1 Md€. 

  • Suspension de la mesure sur l’abaissement de la franchise en base de TVA 

Cette mesure était présentée comme une nécessité pour réduire les écarts entre les professionnels qui exercent en franchise de TVA et ceux qui y sont soumis. Elle sera finalement suspendue jusqu’au 1er juin 2025. Mais elle a suscité de nombreuses interrogations, en particulier du côté des micro-entrepreneurs, qui échappent majoritairement à l’obligation de collecter la TVA et craignaient de soit devoir rogner sur leurs marges, soit perdre une part significative de leur clientèle. 

  • Taxation du transport aérien  

Abordé dans l’article 17, elle prévoit une hausse significative de la taxe de solidarité des billets d’avion (TSBA) également connu sous le nom de la taxe Chirac pour renforcer la fiscalité écologique et à financer des projets de transition énergétique. 

Impacts économiques, sociaux et politiques  

En introduisant des mesures fiscales ambitieuses telles que l’augmentation des taxes sur les émissions de carbones et le transport aérien, la loi de Finances 2025 peut avoir des impacts économiques importants. Pour n’en citer que deux :  

  • Les mesures d’augmentation des taxes, notamment sur les émissions de dioxyde de carbone et sur le transport aérien de passagers, pourraient affecter la compétitivité (hausse des prix des billets d’avion à la charge des consommateurs).  
  • Les coupes budgétaires significatives dans plusieurs domaines essentiels (rénovation thermique des logements, les remboursements de soins de santé, l’économie sociale et solidaire, etc.) pourraient freiner les investissements nécessaires à la transition écologique et la résolution de la crise du logement. 

De plus, cette modification en termes fiscaux pourrait engendrer des effets notables sur le plan social avec des ajustements qui toucheraient directement les ménages tout en soulevant des enjeux d’équité et de redistribution. Par exemple, la réforme des arrêts maladie des fonctionnaires, avec l’augmentation du nombre de jours de carence d’un à trois jours et la baisse de la rémunération de 100 % à 90 % du traitement, pourrait entraîner des tensions sociales. De même, la réduction des aides à la rénovation énergétique pourrait freiner les efforts de transition énergétique pour les ménages modestes. Enfin, la présentation de ce budget a suscité des critiques de la part de l’opposition, qui le considère comme un plan d’austérité sévère.  

Pour conclure, la Loi de Finances 2025, bien qu’elle puisse introduire certaines modifications fiscales et budgétaires et hormis l’extension prévue pour le prêt à taux zéro, ne devrait fondamentalement pas bouleverser le secteur de la bancassurance. Ainsi ce secteur continuera à opérer dans un environnement relativement stable, avec des adaptations progressives plutôt que des transformations radicales. Par ailleurs, les dispositifs de cette loi impacteront principalement les grandes entreprises et contribuables les plus aisés. Le principal défi du gouvernement sera de concilier la nécessité de réduire le déficit public tout en soutenant la croissance économique et en préservant la cohésion sociale. Les perspectives dépendront de la capacité du gouvernement à mettre en œuvre ces réformes de manière équilibrée et à obtenir le soutien des différentes parties prenantes. En effet, la France fait face à une pression accrue pour réduire son déficit public et maîtriser sa dette, un impératif pour maintenir la crédibilité de ses finances publiques et répondre aux exigences des partenaires européens. De l’autre côté, le gouvernement doit veiller à soutenir la croissance économique dans un contexte de reprise économique fragile, de concurrence mondiale croissante, et de tensions géopolitiques qui peuvent perturber les chaînes d’approvisionnement et de marchés. Le gouvernement doit donc être capable de jongler entre cet objectif de réduction du déficit public et un maintien de la croissance économique tout en préservant les acquis sociaux. 

31701-Nouvelle-loi-industrie-verte

Loi industrie verte : les nouvelles exigences pour les assureurs

Taméra Monteiro
Consultante

Qu’est-ce que la loi industrie verte ?

Votée en octobre 2023, la loi industrie verte a pour finalité la convergence des leviers économiques et environnementaux pour renforcer la souveraineté industrielle de la France, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

À cet effet, la réglementation prévoit entre autres :

– l’accompagnement de la transition écologique du secteur industriel français ;

– le développement de nouveaux secteurs de l’économie verte, dont la création d’emplois dans quatre filières de la transition écologique.

Pour financer ces nouvelles orientations, le gouvernement s’appuie sur des financements publics mais aussi privés. L’épargne des ménages est en partie sollicitée, ce qui implique l’adhésion et la participation des acteurs du secteur assurantiel.

 

 Quels sont les impacts de la loi industrie verte pour les assureurs ?

La loi industrie verte, par le biais de plusieurs mesures, confère aux assureurs un rôle majeur pour encourager et démocratiser les investissements responsables auprès de leur clientèle.

Une gestion pilotée plus durable et sécuritaire

Depuis le 24 octobre 2024, s’agissant des contrats d’assurance vie et d’épargne retraite (PER), les assureurs ont l’obligation de proposer une gestion pilotée incluant une part minimale de fonds non cotés ; dont l’allocation dépend du profil investisseur et de la durée restante avant la retraite pour le PER uniquement. Ces véhicules d’investissement placent les capitaux dans des entreprises privées ou des actifs qui ne sont pas négociés sur les marchés financiers publics. Investir dans des actions ou obligations responsables permet de générer des rendements tout en soutenant la transition vers une économie plus verte et respectueuse de l’environnement.

Un référencement obligatoire des fonds labellisés par l’Etat

La loi industrie verte favorise et généralise les placements durables par le référencement obligatoire des fonds reconnus par l’Etat. Depuis le 1er janvier 2024, chaque contrat d’assurance vie doit proposer au moins une unité de compte constituée d’actifs ayant obtenu les labels « ISR » (investissement socialement responsable) ou « Greenfin ».

Quant au PER (plan épargne retraite), depuis le 1er juillet 2024, ce contrat doit proposer au moins un fonds labellisé par au moins l’un des labels suivants : « ISR », « Greenfin », « Relance », « Finansol », et « Comité intersyndical de l’épargne salariale ».

La proposition d’unités de compte non cotées dans les contrats d’assurance vie et PER est imposée par la loi. Pour inciter les clients à investir sur les UC vertes, une part minimum est rendue obligatoire par la loi dans la gestion profilée. À défaut, la législation prévoit des sanctions financières envers les investisseurs institutionnels, telles des pénalités de non-conformité et des amendes.

Un renforcement du devoir de transparence et de conseil

Désormais, pour les produits d’assurance vie, de capitalisation, et de retraite, les investisseurs institutionnels ont l’obligation de proposer des produits adaptés aux besoins et aux objectifs des clients. En matière d’accompagnement des assurés, le respect les critères sociaux, environnementaux, et de gouvernance (ESG) demeure obligatoire. En considérant les préférences des adhérents, les assureurs doivent désormais systématiquement proposer des unités de comptes labellisées vertes émanant des entreprises de taille intermédiaire (ETI).

La loi Industrie Verte poursuit l’objectif d’orienter l’épargne des Français vers des investissements durables. Pour ce faire, les assureurs doivent non seulement intégrer des solutions d’épargne verte à leur portefeuille, mais aussi contribuer à la promotion de l’économie durable en proposant à leurs clients des produits d’assurance responsables et attractifs. Réciproquement, cela suppose la réduction de l’exposition des clients aux investissements moins vertueux. L’adaptation de l’offre et du service est ainsi capitale.

Un compte rendu obligatoire des activités de gestion

Le mandat d’arbitrage, permettant à l’assuré de déléguer la gestion de ses placements à une société de gestion ou un gestionnaire de portefeuille (délégataire) fait l’objet d’un encadrement réglementaire depuis le décret n°2024-572 du 21 juin 2024.

Pour chaque mandat d’arbitrage signé à compter du 24/10/2024, il est désormais obligatoire de communiquer au client un Compte-Rendu de Gestion (CRG), au moins une fois par an et à la résiliation du mandat.

Il incombe au mandataire, outre de respecter la réglementation en termes d’investissement, de concevoir le CRG selon les directives imposées. Le CRG doit notamment faire mention des frais de gestion supportés au titre du mandat ; en conséquence, les frais de gestion administrative doivent être isolés des frais de gestion financière pour la gestion profilée.

 

 Comment mettre en œuvre les exigences réglementaires de la loi l’industrie verte ?

Les mesures à caractère impératif de la loi industrie verte, supposent la revue exhaustive et approfondie des composantes clés de son activité d’assureur.

Optimiser la mise en place des placements durables dans ses activités

La loi industrie verte transforme les normes et pratiques habituelles du métier. Pour faciliter la transition vers une gestion des activités responsable, il est nécessaire de prévoir des actions de conduite du changement auprès des équipes internes (gestionnaires, commerciaux, …).

En termes d’accompagnement, cela peut se traduire par :

– des dispositifs de formation sur les enjeux et les impacts de la loi industrie verte ;

– des ateliers de sensibilisation à l’économie durable ;

– une communication interne et externe sur les exigences de la nouvelle réglementation.

Par ailleurs, l’intégration de placements vertueux à son portefeuille suppose de mettre à jour tout l’écosystème actif/passif. Cette remise à niveau implique entre autres :

– l’intégration des fonds non cotés dans la gestion du carnet d’ordre à l’actif et au passif : il est essentiel de définir les conditions de valorisation des unités de compte durables ;

– la gestion des risques : les ETI, par leur structure organisationnelle, peuvent présenter une performance économique et financière particulièrement instable ; en conséquence, les aléas liés au placement de son capital sur des actions et obligations émanant de ces entreprises doivent être maîtrisés ;

– la révision de la politique d’investissement induite par l’obligation pour les investisseurs de détenir un pourcentage minimal de fonds non cotés : conformément au profil de gestion du client, il est de rigueur de définir une stratégie de placement efficiente.

Tous ces éléments doivent évidemment être repris et diffusés dans l’ensemble des outils du SI. Il est essentiel de faire converger les différents applicatifs, pour assurer la cohérence, la continuité et la fluidité des opérations.

Les éditeurs de logiciels sont tenus d’appliquer la nouvelle réglementation. Cependant, subsiste une part non négligeable de travail à mettre en place (paramétrage du réseau des mandataires, mise à niveau des courriers de gestion, …).

En conclusion, mettre en œuvre les exigences réglementaires de la loi industrie verte est un véritable projet impliquant une adaptation proactive des règles et usages internes. Concilier optimisation financière et conformité réglementaire suppose une gestion rigoureuse des risques, l’adoption de solutions durables innovantes, et l’optimisation des coûts ; ce qui implique, la mobilisation de l’ensemble des fonctions stratégiques de l’entreprise, de l’étude du besoin jusqu’au déploiement, en passant par la conception détaillée de la solution.

Et vous ? Où en êtes-vous dans votre transition vers l’assurance verte ?

shutterstock_2075382679

Le contrat 100% santé reste-t-il efficace dans le contexte actuel ?

Nanté Ravelojaona
Consultant

 

Dans les années 2000, les dépenses de santé étaient en forte augmentation menaçant l’équilibre financier de l’Assurance Maladie.  

Pour y remédier, le 13 août 2004, la loi Douste-Blazy instaure le contrat responsable, une complémentaire santé qui vise à responsabiliser les patients et les professionnels de santé afin de : 

  • Réduire le déficit de l’Assurance Maladie,   
  • Favoriser une couverture équilibrée et limiter les remboursements excessifs,  
  • D’inciter les assurés à respecter le parcours de soins coordonnés  
  • Et d’encourager les entreprises, pour des raisons fiscales, à adhérer aux types de contrats collectifs permettant de déduire les cotisations versées pour leurs salariés.  

Les dérives des remboursements des complémentaires santé (dépassement d’honoraire des professionnels de santé en secteur 2, les dépenses en optique et en dentaire avec des remboursements parfois disproportionnés par rapport aux besoins réels des assurés), les inégalités d’accès aux soins, la pression croissante sur les dépenses de santé poussent les autorités en 2006 à une première réforme structurante.  

En 2015, cette notion de contrat responsable est renforcée par la loi de Financement de la Sécurité sociale (LFSS) et le décret n°2014-1374 du 18 novembre 2014 en introduisant de nouvelles obligations et interdictions au cahier des charges. Afin de garder les avantages sociaux et fiscaux de ce contrat, le contrat santé doit respecter des plafonds de remboursement. 

Cette réforme d’ampleur n’a pas suffi pour bien encadrer ce type de contrat. Ainsi, en 2019, un nouveau cahier des charges des contrats responsables santé voit le jour afin de mettre en œuvre la réforme « 100% santé ».  


Schéma contrat responsable

La réforme « 100% santé » : de quoi parle-t-on ? 

Cette nouvelle réforme vise à donner accès aux assurés à des soins de qualité dont la prise en charge est effectuée à 100% par l’Assurance Maladie et la complémentaire santé. Elle a modifié les obligations des complémentaires santé pour aligner leurs garanties. L’objectif de la réforme est : 

  •  D’avoir un accès gratuit aux soins essentiels c’est-à-dire un remboursement intégral de certains équipements dans les paniers 100% santé :  
  • Optique : lunettes avec verres et montures spécifiques 
  • Dentaire : prothèses respectant des critères fixés (métal, céramique, …) 
  • Audiologie : large choix d’aides auditives avec de nombreuses fonctionnalités (intra-auriculaires, fonctions anti-acouphène, réduction du bruit du vent, connectivité Bluetooth…) 
  • Encadrer les restes à charge en ayant des prix plafonds et remboursements fixés pour les soins hors paniers 100% santé 
  • Renforcer la transparence des garanties et rendre les offres plus lisibles et comparables 
  • Maîtriser les dépenses de santé et prévention (encourage le parcours de soins coordonnés et limite le remboursement des soins jugés secondaires comme certains dépassements d’honoraire excessifs) 

Faut-il repenser ce modèle ? 

Cette réforme atteint aujourd’hui ses limites et plusieurs facteurs poussent les fédérations de complémentaire santé à revoir le système actuel :  

  1. L’incidence de la progression régulière des dépenses de santé qui a une répercussion sur les cotisations et les charges des complémentaires santé :  

Le principal facteur expliquant la hausse des cotisations des complémentaires santé est l’augmentation continue des dépenses de santé par assuré. Ces dépenses, en constante progression sont dues notamment au vieillissement de la population et la prévalence accrue des maladies chroniques. L’impact porte sur le volume et les caractéristiques des actes, et donc sur les dépenses de santé par personne.  

Ces éléments influencent les charges des complémentaires santé :  

  • Facteurs structurels liés à la démographie (cf. vieillissement de la population), ce qui impacte directement les dépenses de santé par personne 
  • Facteurs liés aux prix : la rémunération des professionnels, le coût des soins et l’obligation de couvrir le ticket modérateur dans les contrats responsables. Dans le cadre du contrat solidaire et responsable, les complémentaires santé doivent prendre en charge intégralement le ticket modérateur sur certaines prestations, ou ce dernier peut être proportionnel à des tarifs en hausse. Ces éléments ont des conséquences sur les dépenses de santé par individu, tant en volume qu’en structure des soins consommés  
  • Facteurs de répartition : ils sont liés à la ventilation des dépenses entre l’assurance maladie, complémentaire santé et les ménages. Cette distribution modifie les prestations couvertes par les complémentaires santé, même si les dépenses de santé par personne restent constantes. 

La hausse des prix des actes de santé tend positivement avec l’inflation générale et est aggravée par des facteurs structurels, des innovations médicales et les décisions sur la rémunération des professionnels ou la prise en charge accrue de certains soins. Cette hausse rend les complémentaires santés plus coûteuses et pourrait pousser certains assurés à réduire leur couverture ou à abandonner leur mutuelle. 

Schéma contrat responsable (2)

2. Rigidité des contrats responsables  

Le cahier des charges est très contraignant pour les organismes de complémentaire santé. Cela empêche une adaptation efficace aux évolutions des besoins de santé. En effet, plusieurs points sont soulevés :  

  • L’encadrement strict des garanties des contrats responsables imposent des plafonds et des planchers de remboursements, ce qui limite la souplesse des complémentaires santé pour adapter leurs offres aux besoins spécifiques des assurés. Le remboursement qui contraint l’assureur à respecter des obligations qui parfois ne s’adaptent pas aux besoins réels des assurés. 
  • Cette rigidité peut engendrer un reste à charge élevé sur des soins coûteux surtout pour les retraités ou hors panier 100% santé limitant l’accès à certains services. 
  • Les contrats responsables conditionnent les avantages fiscaux et sociaux des complémentaires santé et ces avantages sont assortis de contraintes qui rendent leur gestion plus complexe et coûteuse. 

 3. L’accélération de l’innovation en santé (technologies de traitement, suivi des patients)  

Les avancées technologiques et médicales (nouveau traitement, télémédecine, …) entraînent une diversification des besoins de santé des patients. Les contrats actuels, trop strictes, peinent à s’adapter rapidement à ces innovations et à les couvrir efficacement. 

Le coût croissant des innovations augmente les dépenses de santé. Le cadre actuel des contrats responsables ne permet pas une prise en charge optimale de ces coûts, ce qui crée un reste à charge significatif pour les assurés. 

Le panier 100% santé repose sur une liste de soins et équipements standardisés (optique, dentaire, audiologie). Les innovations rapides rendent cette liste rapidement obsolète, nécessitant une révision régulière pour inclure des technologies plus modernes. 

La réforme 100% santé : quelles sont les recommandations pour maintenir ce contrat ? 

Les trois fédérations (le Ctip, France Assureurs et la Mutualité française) demandent une réforme du contrat responsable santé, devenu trop contraignant et inefficace pour couvrir les besoins des assurés. Malgré les avantages fiscaux que bénéficient ces contrats (13.27% au lieu de 20.27% pour les contrats individuels et encore plus pour les contrats collectifs), les trois fédérations estiment qu’ils imposent des restrictions qui augmentent les coûts pour les assurés et freinent l’accès aux soins. 

Les professionnels avertissent cependant que cette réforme doit s’inscrire dans une collaboration étroite avec l’assurance maladie obligatoire, les complémentaires santé et les professionnels du secteur, afin d’éviter les échecs passés et de garantir un système plus juste et durable. 

Plusieurs propositions ont été mises sur la table :  

  • Revenir aux soins essentiels 

Les mutuelles estiment que le contrat responsable s’est éloigné de ses objectifs initiaux en augmentant le coût des adhérents. Elles proposent une refonte qui préserverait son caractère solidaire en encadrant le reste à charge pour les dépenses coûteuses et garantirait la liberté des choix des assurés. Elles suggèrent également de retirer certains soins du panier remboursé comme les médicaments à taux de prise en charge faible et les cures thermales pour recentrer les remboursements sur les prestations essentielles qui représentent à date 60% des dépenses couvertes. 

  • Modérer la cotisation de l’offre socle 

Fixer un rapport maximum entre les cotisations selon les tranches d’âge pour modérer les cotisations serait la piste optimale tout en refusant le plafonnement ou un tarif unique. 

  • Lutter contre la fraude et limiter les comportements consuméristes  

Cette proposition vise à améliorer la gestion du risque, faire de la prévention et lutter contre la fraude. Pour cela, les fédérations souhaitent demander aux pouvoirs publics d’accéder aux données des assurés. Elles demandent également d’exclure la possibilité d’intégrer de manière systémique la prise en charge de dispositifs médicaux individuel ou encore l’orthodontie. Elles proposent également de rallonger la périodicité de renouvellement de la prise en charge des lunettes tous les 3 ans (vs 2 aujourd’hui). 

  • La taxe de solidarité additionnelle (TSA) à 7.04% pour les contrats non aidés 

L’idée est de favoriser l’équité fiscale et la mutualisation efficace des risques entre l’AMC et l’AMO. Pour ce faire, la Mutualité française suggère de supprimer complètement la TSA pour les contrats socles essentiels d’entrée de gamme, de conserver un taux de TSA de 7,04% pour les contrats responsables avec des garanties supérieures (contre 13,27% aujourd’hui). En contrepartie, les trois fédérations proposent d’augmenter la CSG « à due concurrence de la baisse de la TSA ». 

  • Hausse du ticket modérateur des consultations 

Les 3 fédérations proposent d’équilibrer les risques entre actifs et retraités en augmentant le ticket modérateur sur certaines prestations peu liées à l’âge, ce qui coûterait 1.2 milliards d’euros aux complémentaires. Elle suggère également de forfaitiser les frais hospitaliers, incluant le ticket modérateur et le forfait journalier, pour réduire la charge financière des retraités. 

Pour conclure, notre système de santé fait donc face à plusieurs défis :  les inégalités sociales de santé et d’accès aux soins, le financement et la régulation des dépenses et le déficit de prévention. Selon les trois fédérations, il est donc nécessaire de repenser ce système avant qu’il ne devienne obsolète et trop coûteux pour les assurés. 

Sources

Qu’est-ce qu’un contrat responsable ? Plafonds et obligations 

Mutuelle santé : qu’est-ce qu’un contrat responsable ? 

Les Comptes de la santé en 2000 

Parcours de soins : qu’est-ce que le parcours de soins coordonnés ? – Previssima 

Mutuelles : les données clés à connaître ! – Institut Santé 

Contrat responsable : Les propositions de la Mutualité Française 

Les contrats responsables, un modèle à repenser ? – Previssima 

IPECA 

Contrat responsable : Les propositions de la Mutualité Française 

Mutuelles : les données clés à connaître ! – Institut Santé 

20220614_as135_complementaire_sante.pdf 

Complémentaire santé : quelle réforme pour le contrat responsable ? 

Les fédérations de la complémentaire santé militent pour une réforme du contrat responsable  

Hausse des tarifs des complémentaires santé : l’impact sur le pouvoir d’achat des Français - Sénat 

hdr_EU-Anti-Money-Laundering-Authority

L’AMLA : Une nouvelle autorité européenne pour renforcer la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme

IMG_1073
Maxime Minjoulat-Rey
Consultant

Contexte

Le Parlement européen a adopté, le 31 mai 2024, la création de l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLA pour Anti-Money Laundering Authority). Cette initiative s’inscrit dans un objectif d’unification et de renforcement des efforts de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT) au sein de l’Union européenne.

Organisation et déploiement de l’AMLA

L’AMLA sera basée à Francfort, aux côtés de la Banque Centrale Européenne. Sa structure organisationnelle comprendra un conseil d’administration, composé d’un président et de cinq membres, ainsi qu’un conseil exécutif divisé en deux branches : une branche « supervisory » regroupant les responsables des autorités publiques de supervision de la LCB-FT, et une branche « intelligence » comprenant les responsables des Financial Intelligence Units des États membres.

Le déploiement de l’AMLA se fera en plusieurs étapes. Dès 2025, le conseil d’administration sera constitué et les premières activités débuteront. La supervision directe, quant à elle, entrera en vigueur en 2028.

Les fonctions clés de l’AMLA

L’AMLA se voit confier un rôle central dans la supervision directe des entités financières présentant des profils de risque élevés, y compris les fournisseurs de services sur crypto-actifs. Elle sera habilitée à émettre des demandes d’informations et à mener des enquêtes approfondies, tant au niveau des groupes que des entités individuelles.

En parallèle, l’AMLA assurera la coordination entre les autorités nationales, qui lui transmettront leurs plans de contrôles. Elle pourra également formuler des recommandations à l’intention des autorités nationales et des cellules de renseignement financier des États membres.

L’AMLA aura également pour mission majeur la création d’une base de données centrale à l’échelle de l’UE, intégrant les informations déjà collectées par l’EBA (Eureca). Cette base de données facilitera les analyses de risques et renforcera la coopération entre les différents acteurs de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Afin de mener à bien ses missions,  l’AMLA disposera d’un pouvoir de sanctions, lui permettant d’imposer des mesures de police administrative et des sanctions pécuniaires pouvant atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel total d’une entité.

Impacts sur les établissements financiers

L’adoption de l’AMLA va entraîner des changements significatifs pour les établissements financiers. L’harmonisation des méthodes de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme au niveau européen permettra de renforcer la conformité avec une intensification des diligences des  établissements sur les activités et les transactions, ce qui impactera leurs pratiques opérationnelles.

La surveillance sera également renforcée, avec des pouvoirs alignés au niveau européen pour les autorités nationales. L’interconnexion des fichiers des comptes bancaires facilitera l’accès des cellules de renseignement financier aux informations nécessaires. Enfin, la mise en place de la plateforme centralisée FIU.Net doit permettre d’optimiser la coopération internationale en partageant des données opérationnelles entre les cellules de renseignement financier.

Impacts sur les systèmes d’information

Ces nouvelles exigences impliquent une modernisation des systèmes d’information des établissements financiers En effet, les outils dédiés à la connaissance client, au filtrage des clients et des paiements, à la surveillance des transactions et à la détection des negative news génèrent un volume important de données à collecter et à analyser. La rapidité de détection, d’analyse et d’escalade seront des atouts clé dans la lutte contre les circuits criminels.

La sécurité des données sera également un enjeu majeur. La collecte et le traitement des informations sensibles devront respecter des normes strictes, et l’échange transfrontalier des données devra s’effectuer de manière sécurisée pour garantir leur intégrité et confidentialité.

Enfin, l’interopérabilité entre les pays et les parties prenantes sera essentielle pour faciliter l’intégration de l’Intelligence Artificielle et des traitements automatisés des données, conformément aux Regulatory Technical Standards qui définiront la typologie des données à transmettre à l’AMLA.

En conclusion, l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLA) représente une avancée significative dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme au sein de l’Union européenne. En centralisant et en harmonisant les efforts de supervision et de renseignement, l’AMLA permettra de renforcer la conformité et la sécurité des établissements financiers.

Par ailleurs, en créant un environnement financier plus sécurisé et transparent, cette nouvelle règlementation pourrait favoriser la confiance des clients et des investisseurs, tout en renforçant la réputation des établissements financiers au niveau mondial.

Pour les établissements financiers, il est crucial de se préparer aux nouvelles exigences imposées par l’AMLA. En adoptant des mesures proactives et en modernisant leurs systèmes d’information, ils pourront non seulement se conformer aux nouvelles réglementations, mais aussi améliorer leur efficacité opérationnelle et leur résilience face aux menaces financières.